Explore "L'Obscure Souffrance" by Laure Conan on Textopian. Read with annotations and highlights.
Ces derniers jours ont été affreusement pénibles. Je ne sais plus maîtriser mes dégoûts et, pour retrouver un peu de force, je songe beaucoup à ma pauvre mère, aux reproches qu'elle s'adressait, à tout ce qu'elle m'a dit sur son lit d'agonie.
Des morts, ce qu'on oublie le plus vite, paraît-il, c'est le son de la voix. Dix années se sont écoulées et j'entends encore ma mère mourante: "Mon épreuve s'achève. La mort est bien proche. Crois-moi, Faustine, rien n'est terrible en ce monde. Tout passe si vite. Les peines n'ont pas plus de réalité que les joies. N'abandonne point ton père. Quoi qu'il fasse, ne te permets jamais de le juger. Fais tout ton devoir, ma fille. Que n'ai-je mieux fait le mien envers lui? J'ai été très malheureuse, mais cela m'excuse mal. Si j'avais été meilleure chrétienne, je l'aurais sauvé. Ce que je n'ai pas su faire, promets-moi que tu le feras. Il n'y a pas d'alcoolique incurable. Rien n'est impossible. Par la prière, tu peux émouvoir le Tout-Puissant."