Explore "Citadelle" by Antoine de Saint-Exupery on Textopian. Read with annotations and highlights.
Vaste me parut ma solitude. C'est le silence et la lenteur que je réclamais pour mon peuple. Et cette réserve au fond de l'âme, et cet ennui sur la montagne, je les buvais jusqu'à l'amertume. J'apercevais donc en dessous de moi les lumières du soir de ma ville. Cet immense appel que forme la ville jusqu'à ce que tous se soient réunis, tous enfermés, tous atteints l'un par l'autre. Ainsi je les voyais l'un après l'autre s'enfermer à chaque fenêtre qui s'éteignait, sachant leur amour. Puis leur ennui. A moins que l'amour ne s'échange contre plus vaste que l'amour.
Et les dernières fenêtres éclairées montraient les malades. Il était deux ou trois cancers comme des cierges allumés. Puis cette étoile là-bas de celui-là peut-être qui reste aux prises avec l'œuvre car il ne peut dormir s'il n'a fourni sa gerbe. Puis quelques fenêtres encore d'attente démesurée et sans espoir. Car Dieu a fait sa récolte du jour et il en est qui ne rentreront plus jamais.