Citadelle by Antoine de Saint-Exupery — Read

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Ceux-là vinrent me parler de la commodité et je me souvins de mon armée. Sachant combien d'efforts on se donne pour l'équilibre de la vie, malgré que la vie soit absente quand l'équilibre est fait.

Et c'est pourquoi j'aimais la guerre qui tend vers la paix. Avec son sable tiède et pacifique, et son sable vierge chargé de vipères, et ses lieux inviolés et ses abris. Et j'ai beaucoup songé sur les enfants qui jouent et transfigurent les cailloux blancs: «Voici, disent-ils, une armée en marche, là des troupeaux», mais le passant qui n'y voit que des pierres ne connaît pas la richesse de leur cœur. Ainsi celui qui vit de l'aube, et dans la glace du soleil plonge dans les ablutions d'eau froide, puis se chauffe dans la lumière des premières heures du jour. Ou simplement celui qui va au puits, quand il a soif, et tire lui-même la chaîne grincante, et soulève le seau lourd sur la margelle et connaît ainsi le chant de l'eau et toutes ses musiques criardes. Sa soif a donc rempli de signification sa marche et ses bras et ses yeux, et il en est de cette promenade de l'homme qui a soif vers son puits comme d'un poème, mais les autres font signe à l'esclave, et l'esclave porte l'eau vers leurs lèvres et ils n'en connaissent point le chant. Leur commodité n'est qu'absence: ils n'ont point cru dans la souffrance et la joie n'a point voulu d'eux.

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