Explore "Le paillasson" by Laurent Tailhade on Textopian. Read with annotations and highlights.
En Messidor, pendant l'octave de la Saint-Jean, saison amène où les bouquets noués d'herbes au ruban mêlent à l'œillet de poète la rose de tous les mois, quand le plus humble courtil se pavoise de lys blancs, de jaunes soucis et de bleuâtres dauphinelles, quand le rossignol fait ouïr encore une chanson de miel (ainsi parlait le bon Aristophane) et qu'aux marges des fossés, le ver luisant pour sa vigile d'amour, accroche une lampe furtive, la maison rustique et le domaine forestier, la campagne avec ses champs, ses prés, ses halliers, ses jardins, ses pâturages et ses landes, appartiennent aux Esprits bienveillants dont les travaux et les jeux ne se déroulent que dans la paix des belles nuits.
C'est le faîte de l'année et la semaine des semaines, où les ciels moroses du livide Occident se parent d'une grâce inconnue aux pays mêmes du lotus et de l'oranger. Le printemps s'achève et l'été commence à peine. Quelques fruits cependant brillent déjà parmi les fleurs, mais si légers, mais d'arome si suave, qu'on les prendrait pour des fleurs encore sur l'épine du framboisier, aux branches d'où pendent les cerises, au vert buisson que la groseille éclabousse d'ambre pâle et de grenat.